les week end de répétitions de la création "Au bord de l'assiette" nous ont permis de rencontrer un peu plus certains amateurs qui seront dans la distribution, cette fois ci nous avons eu envie "d'embêter" avec nos questions les Metteurs en scène, Hélène Cabot et Alexis Armengol...
Que retirez-vous du travail avec des amateurs ? L’approche
est-elle la même qu’avec des professionnels ? Quels en sont les
spécificités, les points forts, les contraintes ?
Hélène : Ce que j’aime c’est le fait de se retrouver face à
des gens qui doutent de tout constamment. Et je trouve que ce doute là est
intéressant à traiter sur le plateau parce qu’il en sort énormément de choses
qui ne sont pas toujours contrôlées. Il y a parfois chez des comédiens professionnels
le côté un peu « on est dans quelque chose qu’on sait faire, on a des
formations », il faut casser un peu ça. Si on travail depuis longtemps
avec quelqu’un, on est habitué à un type de travail, ce qui est quand même très
bien, mais les amateurs ont peut-être moins cette conscience là.
Les difficultés il n’y en a pas, il
faut qu’on soit clairs, nous, constamment, dans nos demandes. C’est vrai qu’on
passe parfois du temps sur de l’interprétation et sur de la direction d’acteur,
mais de toute façon ce serait nécessaire. Là il y a peut-être un retour à
quelque chose qui serait de l’ordre du B A BA. C’est le jeu. J’aime bien
revenir sur toutes ces choses là. Revenir comme si rien n’était posé
définitivement, comme si tout évoluait.
Alexis : Le point commun, c’est de faire ensemble un projet.
C’est ce que je retrouve là. En répétition, comme on est là ou en création, ce
sont finalement presque les mêmes réflexes qui se mettent en place, les mêmes
discussions. La grosse différence, c’est celle de la compétence, mais tout
dépend du projet. Pour moi, c’est à peu près aussi différent que de faire de la
natation ou faire du patin à glace. Ce sont deux projets différents donc les
objectifs sont différents. Ce ne sont pas les mêmes façons d’y arriver. D’un
autre côté, je ne vis pas l’un par rapport à l’autre. Je ne vis pas l’un qui
serait plus ou moins, mieux ou moins bien que l’autre. Il y a un projet en soi
et ça me plait beaucoup. J’aurais pu imaginer que j’allais le vivre comme un
poids. Ce que j’aime beaucoup, c’est qu’on est dans un autre rapport. Ce n’est
pas leur métier et donc ça change tout. Pourquoi on est là ? Pourquoi on
vient là ? Dans quelle énergie on vient là ? La pause, le repas,
quand est-ce qu’on finit ? Quand est-ce qu’on commence ? Ce ne sont
pas les mêmes choses qui s’organisent. Ce ne sont pas les mêmes liens, ni les
mêmes relations humaines. Et c’est intéressant parce que c’est une vraie
alternative, je trouve, au fonctionnement habituel.
Et quel regard portez-vous sur les pratiques amateurs ?
Alexis : Je n’ai pas d’avis là-dessus. Etre « amateur », c’est faire
quelque chose parce qu’on l’aime, parce qu’on aime cette chose. On est amateur
d’excellents whiskys par exemple. Dans notre société faire quelque chose parce
qu’on le choisit et qu’on a envie de le faire, c’est tout le temps une urgence.
Il faut privilégier ça…
Hélène : C’est du militantisme…
Alexis : Oui. Je pense qu’il y a quelque chose de l’ordre du
militantisme.
Par rapport aux autres structures que vous fréquentez que pensez-vous
de la mise en avant, à travers notre programmation, de pratiques amateurs comme
cela va être le cas pour le spectacle « Au Bord de
l’Assiette » ? C'est-à-dire faire partie intégrante de la
programmation, en tant que spectacle de saison.
Alexis : Moi je trouve ça très bien.
Hélène : Moi aussi.
Alexis : Je trouve ça vraiment très très bien qu’il y ait le
courage. Quand on fait venir une création, qu’elle soit professionnelle ou
amateur, c’est déjà courageux. Preuve en est que chaque année on se retrouve à
dire : « J’avais beaucoup aimé les spectacles d’avant. Bon voilà,
c’est une création, on a fait un pari, et ce n’est pas réussi ». Donc je
trouve ça très bien, et très bien que ce ne soit pas en mai, en juin, ou en
juillet. C’est pas : « Nous on a eu le courage de mettre ça le 1er
mai », alors qu’on sait qu’il n’y aura personne, qu’on sait que l’on ne
programmera pas, de toute façon, un autre spectacle à ce moment là. Là, il y a
une vraie mobilisation sur de vraies dates et sur trois représentations, ce qui
est énorme dans une salle comme celle là. Je trouve que c’est dire :
« On va jusqu’au bout ! »
Avez-vous eu une pratique amateur ?
Alexis : Non.
Hélène : Moi oui. J’ai été formée ici depuis l’âge de 11 ans
jusqu’à mes 21 ans. Puis j’ai fait A3 théâtre. J’ai travaillé dans des projets
amateurs à droite et à gauche. Je participais à des spectacles qu’on appelait
« travaux d’élèves », « spectacles de fin d’année ».
Alexis : Pour revenir sur ce que tu dis, tu cites l’A3, mais
quand on est en formation, on est forcément amateur. Il y a deux choses
différentes. Normalement à peu près dans tous les boulots, il y a bien un
moment donné où l’on se forme. C’est différent que de se dire qu’on a une
pratique amateur. C'est-à-dire en tant qu’adulte, et en dehors de son travail
ou de sa profession, à laquelle on ajoute une pratique amateur, non
professionnelle, d’une activité. Sinon c’est une formation. On va tous se
former à un moment donné.
Hélène : Oui, oui c’est juste ce que tu dis, c’est vrai, ce
sont deux choses différentes. Dans le cadre de ma formation, oui j’ai été
amateur. Je ne sais pas trop comment dire, mais à partir du moment où ça c’est
imposé que pour moi c’était le théâtre, c'est-à-dire tôt tout de même, il y a
eu la formation et puis je suis passée intermittente et ça n’a plus du tout été
le cas.
Je vous avouerais que c’était un peu une question piège…
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