Dans la continuité de la rencontre du vendredi 27 janvier dernier à l’auditorium de la Bibliothèque Simone de Beauvoir de Rouen (voir post du 30 janvier 2012), Souad Belhaddad a rencontré à deux nouvelles reprises des collégiens et des associations de l’agglomération.
Extraits de la rencontre au Collège Fernand Léger de Petit-Quevilly:
Jeudi 2 février, au Collège Fernand Léger, après avoir lu quelques paragraphes de son livre autobiographique « Entre-deux Je - Algérienne? Française? Comment choisir », les questions sur le vécu de Souad, sur son point de vue personnel ont fusé et les échanges sur les expériences de chacun se sont multipliés. En voici un aperçu :
-Une collégienne : « Regrettez-vous l’éducation stricte de vos parents ? ».
-Souad Belhaddad : « Non, je ne peux pas, je suis le fruit de cette éducation. Mais il y a bien des interdits que j’ai transgressés car je les considérais comme injustes. ».
-Une femme d’origine Sénégalaise : « Je suis née et j’ai grandit au Sénégal. J’ai eu la chance d’y être scolarisée car là bas, une fille qui allait à l’école était une fille perdue pour la société. Elle ne se mariait pas jeune, n’avait pas d’enfant, ne s’occupait pas de la maison, n’allait pas vendre au marché… »
-S.B : « Ce n’est pas pareil en Algérie, et ce n’est pas pareil dans les familles émigrées en France.
L’éducation, les longues études sont le cheval de bataille de nos parents. »
-Une collégienne : « Moi, je regrette d’être venue en France ! »
-S.B : « Tu es arrivée à quel âge ? ».
-La collégienne : « Ben…en fait…je suis née en France. ».
-S.B : « Tu ne peux pas le regretter alors que tu es française. ».
-La collégienne : « Oui, mais quand on est ici, on est vus comme des étrangers, et là bas c’est pareil. ».
-S.B : « TU te vois comme étrangère, pas nous, c’est ta vision. C’est en vous qu’il faut éclaircir ça. Et puis, ON, NOUS, c’est qui ? Tu ne t’es jamais dit qu’on te regardait parce que tu es jolie ? ».
Extraits de la rencontre au collège Charles Gounod de Canteleu :
Vendredi 3 février, au Collège Charles Gounod les discussions ont pris une tournure différente. Souad s’est une nouvelle fois présentée, a résumé son parcours d’écrivain et de Grand Reporter, puis a posé la question suivante :
-S.B : « Savez-vous ce que je fais d’autre ? »
-Un collégien, timidement : « Vous faites des spectacles pour faire rire. ».
-S.B : « Je fais des spectacles parce que j’ai des choses à dire. Et savez-vous ce que je raconte ? ».
-Un collégien : « C’est sur le thème de la religion et des femmes maghrébines. ».
-Une collégienne : « Les français nous mettent des étiquettes de racaille. ».
-S.B : « Tu es Française, pourquoi faire de telles distinctions ? Tu es Française d’origine… ».
-Un autre collégien : « Comment doit-on réagir devant un comportement raciste ? »
Souad a donc proposé à cinq élèves une mise en situation. Des chaises ont été disposées comme dans un bus « Dans les bus, il se passe toujours beaucoup de choses » a-t’elle dit.
« Distribuons les rôles ». Elle a alors demandé à Sarah, une collégienne, de chercher des ennuis au passager assis à côté d’elle. « Et laissons faire les choses, improvisons à partir de là ».
Résumé de l’improvisation :
L’altercation entre Mohammed et Sarah commence, puis très vite, Florian, assis en face, entre en scène. Il décide de prendre à partie Sarah à propos de son comportement inacceptable et dérive vite vers des injures racistes et xénophobes.
Débriefing avec Souad, les acteurs et le reste de l’assemblée :
S.B : « Qui a réagit aux insultes racistes proférées par Florian? Seulement deux personnes sur cinq assises dans le bus ont osé prendre la parole : moi et Yelda. Personne ne s’est battu contre le racisme. Comme dans le réel, peut-être avez-vous eu peur d’être pris à partie et avez préféré vous taire. ».
Le comportement raciste joué par Florian a été largement souligné, mais la victime oubliée.
Souad:
- « Ne jamais oublier la victime.»
-« Quant on a peur, ne pas hésiter à dire: Vous n’avez pas le droit de dire ça. Vous faites ainsi référence à la loi républicaine.»
-« Nous sommes tous concernés par le racisme.»
-« Rester dans son droit c’est être français.»
Enfin, Souad a terminé ses interventions de jeudi et de vendredi sur le même conseil:
"De ma double culture, j'en ai fait de la création littéraire et théâtrale. CREEZ, PRODUISEZ de la culture. C'est LA possibilité dans la vie de s'épanouir. Ecrivez des poêmes, de la musique, faites du théâtre, faites du sport ou de la peinture... SORTEZ QUELQUE CHOSE DE VOUS! Que vos interrogations, vos souffrances, vos dilemmes deviennent quelque chose de créatif."
très bon conseils, je trouve que la démarche de Souad est magnifique et humainement réconfortante BRAVO
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